Homélie de Renaud Dulin, diacre.

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Retrouvez la première homélie de Renaud Dulin, lors de la messe d'action de grâces dimanche 21 juin.

 

« Passons sur l'autre rive ». Aujourd’hui, 21 juin, premier jour de l'été, nous sommes comme les disciples invités à monter dans la barque et à voguer sur les flots, à partir non pas vers une terre lointaine mais à la découverte du Christ, à sa rencontre. L'été est sans aucun doute un moment favorable pour prendre un peu de distance, nous éloigner un peu de la foule et du bruit qui souvent l'accompagne, pour prendre un peu de recul et contempler la création comme nous y appelle le Pape François dans l’encyclique publiée cette semaine. Dans ce passage d’Evangile, c'est Jésus lui-même qui invite les disciples à passer sur l'autre rive mais Saint Marc écrit ensuite : «  ils emmènent Jésus » comme pour indiquer qu’à ce moment- là les disciples pensent avoir la main sur Jésus et sur le cours de leur histoire. Mais une tempête va se lever et la suite va nous révéler un total retournement où nous verrons que ce n'est pas la barque qui chavire mais les disciples qui perdent pied .Puis nous chercherons à voir si nous pouvons identifier quelques visages des passagers de la barque, avant de conclure en revenant à la question posée par Jésus -« n’avez-vous pas encore la foi ? »  , pour opérer un déplacement…immobile !

Mais il nous faut aussi reconnaître que notre foi est parfois vacillante et entendre la question posée par le Christ « n’avez-vous pas encore la foi ? » Il nous faut encore et toujours demander au Seigneur de nous maintenir en éveil, de faire grandir notre foi.

Mais, retournons d'abord  dans la barque au point de départ du récit. Ainsi les disciples emmènent Jésus, ils pensent tout maîtriser et patatras, la tempête se lève. Et pendant ce temps, que fait Jésus ? Il dort ! L'agacement et l'étonnement des disciples est palpable et d'une certaine façon, on les comprend ! Car nous-mêmes, quand nous sommes confrontés à des situations difficiles, douloureuses ou témoins de drames, n'avons-nous pas tendance nous aussi à nous demander ce que peut bien faire Dieu. Nous aurait- il oublié ? D'ailleurs, l'image de cette barque ballotée par les flots nous renvoie aujourd'hui à une bien triste et répétitive actualité. Depuis le début de l'année, des centaines de migrants ont péri noyés en Méditerranée. Ne se sont-ils pas sentis abandonnés des hommes et de Dieu ? Et puis, à travers cette barque des apôtres, il est tentant de voir l'image de l’Eglise qui, elle aussi, d'une certaine façon, prend l'eau...avec de moins en moins de personnes à bord. Mais finalement, nous voyons bien que ce n'est pas la barque qui est retournée. Ce sont les disciples qui sont secoués moins par les flots que par ce qu'ils entrevoient  de la puissance du Christ lorsque celui-ci intervient et par son autorité calme la tempête. En découvrant le Christ, ils ouvrent finalement les yeux et c'est ainsi que l'on comprend que ce sont eux qui dormaient, et pas le Christ. Leur foi était encore insuffisamment éveillée.

À travers ce court récit, de ce passage d'une rive à l'autre, de ce chemin Pascal d'une certaine façon, il nous est signifié que, bien sûr, la vie n'est pas un long fleuve tranquille mais que malgré des apparences parfois trompeuses, le Christ est bien présent à nos côtés et qu'à la fin de l’Histoire, c'est Lui qui triomphe et nous entraine avec Lui.

À son tour, il peut nous dire, nous adresser un message que nous n'entendrons peut être pas avec nos oreilles mais avec notre cœur  et ce message pourrait être le suivant : « eh toi, oui, oui, toi, tu dors ? Réveille toi, lève toi et viens avec moi. J'ai besoin de toi pour faire avancer ma barque et inviter toujours davantage d'hommes et de femmes à grimper à bord de la barque ».

Alors, comme promis, essayons maintenant de distinguer quelques visages connus dans cette barque. Il y a 40 ans le Père Monget montait de plein pied dans la barque à travers l'ordination sacerdotale, Jean-Claude  il y a 30 ans à travers l'ordination diaconale, signe l'un et l'autre du Christ dans notre communauté, tenant d'une certaine façon au nom du Christ, la barre.  Mais aujourd'hui , si nous pouvons rendre grâce pour toutes ces vocations , nous pouvons le faire aussi pour toutes celles et ceux dont je ne vais pas énumérer les noms tant ils sont nombreux et que j'ai en partie devant moi, celles et ceux qui sont au service des plus démunis à travers le pain de l'amitié ou les visites aux personnes isolées, malades, qui sont à l'œuvre et se dépensent sans compter pour donner à notre communauté un visage souriant et accueillant, notamment auprès des enfants ou lors de l'accueil de familles en deuil. Les réponses à l'appel du Seigneur sont diverses. Et c'est en partie par l'intermédiaire de ces réponses que le Christ est présent et qu'ainsi la barque ne fait pas naufrage.

Mais il nous faut aussi reconnaître que notre foi est parfois vacillante et entendre la question posée par le Christ « n’avez-vous pas encore la foi ? » Il nous faut encore et toujours demander au Seigneur de nous maintenir en éveil, de faire grandir notre foi. Aux jours d'espérance, nous dit St Paul dans la lettre aux Romains, soyez dans la joie ; aux jours d'épreuve, tenez bon ; priez avec espérance. Une lecture régulière de la Parole de Dieu, la prière personnelle ou communautaire et bien sûr l’Eucharistie sont autant de moyens qui nous sont donnés pour faire grandir et nourrir notre foi, notre relation personnelle au Seigneur, ne les négligeons pas ! 
Terminons par le déplacement immobile évoqué en introduction. Le cardinal Robert Sarah, dans un livre d’entretiens, rapporte les propos suivants de Paul VI : « Dieu parle-t-il à l’âme agitée ou à l’âme paisible ? Nous savons parfaitement que pour écouter cette voix, il faut qu’il règne un peu de calme, de tranquillité. Nous devons nous tenir éloignés de toute excitation ou nervosité menaçantes, être nous-même. Voilà l’élément essentiel : en nous-même ! Par conséquent, le rendez-vous n’est pas au dehors mais en nous-même » conclut-il. C’est cela, le déplacement immobile.

Ainsi chacun de nous peut reprendre cette prière du Père Caffarel :

"Ô Toi qui es chez Toi dans le fonds de mon cœur, laisse-moi te rejoindre dans le fonds de mon cœur." Amen
 

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